le droit arme économique ali laidiJe recommande chaudement le dernier livre d’Ali Laidi « Le droit nouvelle arme de guerre économique ». C’est un ouvrage essentiel pour bien comprendre les outils et méthodes utilisés par l’Amérique pour imposer son emprise économique mondiale. Je reprends ci-dessous quelques idées sans prétendre ni à l’exhaustivité, ni à l’exactitude des propos de l’auteur.

L’arsenal de guerre économique des Américains

- Les lois dont l’application impose dès facto une extraterritorialité (voir le billet précédent) : FCPA contre la corruption, loi Helms-Burton embargo contre Cuba, puis D’Amato Kennedy, concernant l’Iran et la Lybie.
- Les outils juridiques qui complètent les possibilités d’ingérence des Etats-Unis :
   - Sarbanes-Oxley pour scruter les comptes des entreprises
   - Bank Secrecy Act contre les défauts de contrôle
   - Rico contre les fraudeurs dans le football
   - FSIA contre les criminels du passé
   - Jasta contre les pays qui sont négligeants dans la lutte contre le terrorisme
- Les cabinets d’avocats. Un contact rencontré par l’auteur durant son enquête souligne que le système mis en place « siphonne absolument toutes les informations de ses clients, même les plus sensibles » !
- Le poids du dollar comme monnaie internationale.
- L’instrumentalisation de l’humanitaire et le rôle des ONG telles que Transparency international ou l’ONG National Endowment for Democracy dont un des fondateurs explique « beaucoup de nos activités étaient réalisées sous couverture par la CIA il y a 25 ans ».
- Les services de renseignement. Bien sûr une place de choix est réservée au rôle des services de renseignement, réorientés sur les sphères économiques. Ali rappelle que les spécialistes s’accordent pour dire que 35% des forces de la NSA sont affectées à la lutte contre le terrorisme. Les 65% restants … sont dédiés aux sphères politiques, militaires et économiques.  

Le dispositif public d’aide à la guerre économique

Dans un chapitre de fin d’ouvrage (ma note de lecture n’est pas linéaire) il évoque aussi longuement le dispositif public d’aide à la guerre économique.
- Le Congres a voté le US Export Enhancement Act, loi qui crée le Trade Promotion Coordinating Committee. Au cœur de ce TPCC on trouve l’Advocacy Center qui coordonne les moyens de l’Etat américain pour collecter les informations pour les entreprises américaines. Si cela ne suffit pas, l’Advocacy Center se transforme en War room et mobilise les agences de renseignement.
- Le National Economic Council qui élabore une stratégie économique pour le président.
- Le Market Access and Compliance qui surveille les 250 accords commerciaux internationaux et dénonces les manquements.
- US and Foreign Commercial Services, qui accompagne les entreprises américaines à la conquête des marchés extérieurs.
- Les diplomates du département d’Etat sont aussi impliqués dans la conquête des marchés.
- Le Pentagone intervient aussi dans la collecte des informations.
- Les think tanks qui sont des plateformes d’échange entre acteurs du public et du privé.
- Les fonds d’investissement, comme le Carlyle Group.

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Airbus

Il détaille les cas malheureusement bien connus : Siemens, Alcatel-Lucent, Alstom, BNP, Technip. Il développe dans un chapitre particulier le cas Airbus. Il explique notamment que Tom Enders apparait comme l’homme des Américains. N’a-t-il pas en effet :
- Recruté un ancien du Pentagone pour diriger la technologie du groupe.
- Offert la digitalisation à Palantir, très proche de la communauté du renseignement américain.
- Eu un recourt majeur aux cabinets d’avocats anglo-saxons.
L’opération « mains-propres » actuelle met en danger l’entreprise car :
- L’Etat-major se décompose.
- Le réseau commercial a vu 60 cadres quitter le groupe.
- Les forces de vente sur le terrain sont décimées.
- Des rémunérations tout à fait légitimes ont été suspendues.

Le recours à la corruption devient parfaitement inutile puor les EU

Comme le dit Ali "avec un tel maillage des marchés mondiaux et une connaissance aussi fine de leurs acteurs, le recours à la corruption devient parfaitement inutile" pour les Américains. La meilleure arme est la "proactivité et influence profonde en amont". "Cette approche se décline dans quatre domaines : la politique, les normes et standards, la règlementation et la société civile." L’Amérique est rentrée dans l’ère de la noopolitique "l’art de contrôler le savoir pour le mettre au service du pouvoir".

Les deux derniers chapitrent abordent :
- La tétanie européenne. Aucune majorité ne se dégage pour contrecarrer la législation extraterritoriale américaine. Alors que nous pourrions nous affranchir d’une partie de notre joug. A titre d’exemple il est insensé que l’Europe règle 80% de sa facture énergétique en dollars alors que seulement 2% provient des Etats-Unis.
- La paralysie française, avec notamment l’inutilisation de la loi dite de blocage.
- Et il exhorte une prise de conscience européenne.


Jérôme Bondu

Pour en savoir plus :
- Précédent billet.
- Article du Monde
- Interview d’Ali Laidi sur France Inter.
- Interview sur GEM
- Présentation du livre sur France Culture.