sabordageJ’ai lu « Sabordage – comment la France détruit sa puissance », de Christian Harbulot. Le titre est clair quant au contenu de l’ouvrage. Le fondateur de l’Ecole de Guerre Economique mène un procès à charge contre notre cécité collective face aux nouveaux enjeux. Suivant l’adage populaire : « Qui n’avance pas recule », l’immobilisme français dans un monde mouvant nous fait reculer.

Christian n’incrimine pas seulement les gouvernements actuels, ou ceux de la 5ème république, mais fait remonter le problème plus en amont citant par exemple les traumatismes des défaites napoléoniennes, puis des guerres mondiales, de la décolonisation, …

 

On peut apprécier ce livre pour la capacité de l’auteur à soulever des problèmes réels. Quelques exemples parmi mille :
- Sur la duplicité de nos amis américains. L’auteur nous apprend par exemple que les Etats-Unis ont envoyé un corps d’OSS (ancien nom de la CIA) auprès des Vietminh pour les former à la guérilla contre les Français. Quelles sortes d’alliés sont-ils ?
- Sur l’Europe : L’auteur rappelle que la construction européenne, avant d’être une volonté d’union des peuples européens, est aussi une construction états-unienne face à l’URSS.
- Sur l’agriculture : l’auteur soulève avec justesse les aberrations de la politique agricole américaine qui a pour conséquence de transformer un américain sur trois en obèse. Et cette logique marketing et économique avant d’être nutritionnelle menace l’Europe.


S’il fallait résumer en une phrase les propos de l’auteur : la guerre économique règne, et refuser de la voire en face nous promet une défaite en rase campagne. Il propose une méthode qui charpente l’ouvrage :
- Il faut changer notre grille de lecture.
- Tirer les enseignements du passé.
- Transcender nos préjugés.
- Ne plus se soumettre à la pensée dominante.
- Réinventer l’intérêt de puissance.


Pour finir ce billet, je ne prétends pas ici discuter des arguments de l’auteur qui est un expert du sujet. Mais ce livre peut provoquer une interrogation « existentielle ».
Fondamentalement, quand on rentre en guerre (fut-elle économique), c’est qu’il y a eu « casus belli », c’est que l’on veut modifier un état de fait, et que l’on prévoit une sortie de guerre. Et c’est sur ce dernier point que le bât blesse. L’état que décrit l’auteur est un état de guerre économique permanente. On ne peut pas offrir comme perspective souhaitable de remplir le tonneau des Danaïdes. Il me semble que le refus de certains de reconnaitre la réalité de la « guerre économique » tient dans le fait que l’on ne veut pas rentrer dans quelque chose dont on ne peut pas sortir. La reconnaissance d’être en guerre est particulièrement anxiogène.

Alors, entre reconnaitre la triste réalité d’un monde en guerre économique ou s’illusionner dans la fiction d’un monde de bisounours, … à chacun de placer son curseur « existentiel ». Christian Harbulot a clairement placé le sien.

Jérôme Bondu

Cf : Amazon