Institut Sage2 J'ai été interviewé récemment par l'Institut Sage sur les problèmes de sûreté informationnelle. L'angle de l'article est de prévenir les patrons de TPE qu'ils ne sont pas à l'abri, et que tout savoir-faire a une valeur... Je copie-colle ci-dessous les deux premières questions et réponses. Le reste est à lire ici

 

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Institut Sage : Dans les médias, les affaires d'espionnage économique concernent essentiellement de grands groupes ou bien de jeunes entreprises à la pointe de l'innovation. Est-ce à dire Jérôme Bondu, comme spécialiste dans la veille et l'intelligence économique, qu'artisans, TPE et PME sont à l'abri à cause de leur taille et de leurs activités ?

 

Jérôme Bondu : Aucune entreprise n'est à l'abri quelle que soit sa taille ou la nature et la géographie de son activité. Beaucoup de pays émergents, par exemple, désirent faire monter en gamme leurs économies pour satisfaire une forte demande intérieure de leur classe moyenne en expansion rapide ou se positionner sur les marchés mondiaux en misant sur davantage de valeur ajoutée. Les savoir-faire des entreprises françaises intéressent sans besoin d’aller dans les domaines pointus. Des exemples de collecte ou de vols d’informations existent dans les domaines de la boulangerie, de la haute-couture, du textile ou encore de l'horticulture. Dans ce dernier secteur, un exploitant français a affirmé s'être fait dérober des éléments servant à fabriquer des roses et a intenté une action en justice pour contrefaçon. Dans le domaine de la haute-couture, un professeur a remarqué que ses cours étaient essentiellement suivis par des étudiantes chinoises. Quant à la confection textile, une PME auvergnate a failli disparaître suite à une affaire d'espionnage industriel au profit de sociétés asiatiques. Quel que soit le domaine, il y aura toujours des structures intéressées à capturer un savoir faire.

 

Institut Sage : La France est-elle particulièrement attractive, donc visée ?

Jérôme Bondu : Notre pays possède dans de nombreux domaines, par exemple en matière culinaire, un savoir-faire séculaire et internationalement reconnu. Mais ce savoir nous semble si naturel, véritablement inscrit dans nos gênes, que nous avons parfois du mal à l'identifier, à le valoriser, à le protéger. En revanche, les étrangers percoivent très bien tout le parti qu'ils pourraient tirer de ces savoirs. Cité souvent comme un des meilleurs boulangers de France, un artisan s'est ainsi vu proposer par des investisseurs étrangers de développer un système de boulangerie haut-de-gamme dans leur pays. Il s’agit ici de la version positive de l’histoire. Il faut ensuite être en mesure de mener la négociation à bien face à des partenaires qui disposent de forts moyens financiers et juridiques. Dans ce contexte la valorisation du savoir-faire du boulanger est essentielle. La version négative de l’histoire aurait pu prendre la forme d'une demande de stage par un vrai-faux apprenti qui va ramener le savoir-faire appris au bénéfice d'une entreprise de son pays, mais au détriment de notre boulanger.