affairesnowden-michaud-kempf J’ai lu « L’affaire Edward Snowden – Une rupture stratégique » de Quentin Michaud.  

L’essentiel du plan du livre est chronologique. Cela ravira ceux qui veulent avoir un déroulé détaillé des événements.
Mais les paragraphes qui m’ont le plus intéressés sont les plus analytiques : Chapitre 12 les Aspects politiques ; chapitre 13 Aspects géopolitiques ; chapitre 14 Aspects stratégiques.

 

Dans les aspects politiques Quentin rappelle que le choc du 11 septembre a été immense en Amérique, et a engendré une réponse d’une intensité similaire. La réponse s’est faite dans trois directions : d’une part un discours sécuritaire absolu qui mena à des restrictions des libertés publiques ; une militarisation de la réponse ; une justification par le discours contre le terrorisme.
Ce discours repose sur une promesse difficile à tenir : celle de la sécurité absolue. Ce qui signifie pour les autres (tous les autres) une insécurité absolue. Si l’on y rajoute un tropisme fort pour les nouvelles technologies, nous avons là les prémices de la surveillance planétaire des services américains.

 

Dans les aspects géopolitiques, Quentin rappelle que l’axe narratif contre le terrorisme fondamentaliste a été précédé d’un discours fort contre l’espionnage chinois. Et que si le premier a largement évincé le second, il y aura certainement tôt ou tard un nouveau renversement des priorités.
Il évoque aussi un cybernationalisme, avec une balkanisation du web. L’utilisation de ces qualificatifs habituellement réservés aux Etats m’a intéressé dans le sens où cela « incarnait » le web. Internet apparait souvent comme une structure mouvante et impalpable. Or la voir ainsi comme le reflet de volontés politiques étatiques est intéressant. Il évoque naturellement les logiques d’alliances qui s’y nouent avec la superpuissance américaine. Et seuls la Chine et dans une moindre mesure la Russie essayent de construire un internet « indépendant ».

 

Dans les aspects stratégiques, Quentin revient notamment sur l’attitude américaine vis-à-vis des autres. On peut lire « Avec PRISM et son espionnage généralisé, [les Américains] révèlent ce qu’ils ont toujours inconsciemment considéré : l’altérité constitue l’adversité. Chacun sait, même les plus atlantistes, qu’il peut désormais être tenu pour adversaire par les Etats-Unis. Et qu’il l’est de facto. Là réside la vraie surprise stratégique ». Le système PRISM n’est pas surprenant en soi. On le connaissait. Mais c’est son ampleur qui a créé la stupeur. Les Américains désignaient l’espionnage chinois comme la plus grande cybermenace. C’était pour mieux nous enfumer. La plus grande menace, … c’était leur espionnage !
La confiance est désormais évanouie. Et quand par exemple les Américains ont poussé aux développements de la cryptologie à courbe elliptique (elliptic-curve cryptography) l’auteur se demande si c’est par ce qu’elle est sûre, … ou plutôt parce que la NSA a trouvé le moyen de la percer ?

 

Quentin conclue en soulignant que vouloir contrôler la totalité du monde, c’est user de « mesures totales », … ou dit autrement … totalitaires !!

NB : j’ai interviewé l’auteur dans le cadre d’ActuEntreprise 
Voir aussi.

 

Jérôme Bondu