cercle K2Je viens de publier une tribune pour le Cercle K2 intitulé "Pour une Déclaration d’indépendance informationnelle".

Voici ci-dessous l'introduction :
Dans un livre passionnant sorti très récemment, "Apocalypse cognitive", le sociologue Gérald Bronner nous invite à faire notre "Déclaration d’indépendance mentale". Superbe formule qui m’a inspiré le titre de mon article. Et si la révolution numérique, à l’instar de la révolution sociale et politique de 1789, débouchait sur une déclaration d’indépendance informationnelle ? Ne serait-ce pas un bel héritage des pères fondateurs d’internet, qui à l’instar de la déclaration d’indépendance du cyberespace de John Perry Barlow, avaient en tête d’offrir au monde un outil de libération plus que d’enfermement ? Mais toutes ces belles formules se heurtent contre le mur de réalité. Notre indépendance et liberté numériques semblent factices. Commençons par expliquer pourquoi nous vivons dans une période révolutionnaire, puis évaluons les forces en présence, et imaginons le cours de l’Histoire numérique.

Extraits :
La révolution numérique est en marche, et mieux vaut ne pas lutter contre ce prodigieux courant. Embarqué sur notre clavier comme sur un frêle esquif dans les rapides tourbillonnants de la data, la force des flots numériques aurait tôt fait de nous engloutir et envoyer côtoyer la vase. Ramons donc plutôt dans le sens du courant, et essayons de naviguer au mieux comme l’a fait Ulysse à la fin de la guerre de Troie entre les monstres Charybde et Scylla.

Charybde, monstre effrayant de la mythologie grecque, pourrait-être aujourd’hui superbement incarné par les GAFAM

Scylla, c’est nous, où plutôt nos circuits neurologiques qui tombent que les piègent de l'attention.

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Je vous laisse lire la suite sur le site du Cercle K2.

Jérôme Bondu





bug humain 1

bug humain 2

bug humain 3

J’ai tenté dans un précédent post, une synthèse du très bon livre de Sébastien Bohler « Le bug humain ». Ses messages me semblent de première importance. Pour en faciliter l’accès j’ai réalisé la cartographie ci-dessus. Je vous copie ci-dessous le texte de la carto « en clair ». Vous pourrez l'utiliser comme bon vous semble. Faites-en bon usage ;-)

Bonne lecture.

Jerome Bondu

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Je reproduis ci-dessous, le texte de la carto. N’hésitez pas à en faire bon usage. Le nombre de décalages sur la droite correspond au placement dans la cartographie.

Le bug humain
    Introduction
        Comment comprendre notre surconsommation irrationnelle et dommageable des biens matériels et de services numériques ?
    Les progrès scientifiques ont permis une meilleure compréhension de notre fonctionnement neuronal
        Les êtres vivants ont cinq besoins primaires essentiels
            Manger, se reproduire, explorer, conquérir, dominer
        En période de rareté
            Ces besoins sont le moteur de l'évolution
            Le système est équilibré
            Il n'y a pas besoin d'un "bouton stop"
            Et au contraire, le système est conçu pour s'habituer à un état, et en demander ensuite plus
        Cela s'est matérialisé par une structure neurologique
            Le circuit de la récompense
            Composé notamment du striatum
            Siège des neurones dopaminergiques
            Commune à tous les êtres vivants, preuve de son ancienneté dans la chaîne du vivant
    Mais notre situation a changé
        Nous vivons dans une société d'abondance caractérisée par un accès quasi illimité et non régulé aux "renforceurs primaires"
            A la malbouffe qui donne une fausse impression d'alimentation
            Au porno qui donne une fausse impression d'assouvissement de la sexualité
            Au contenu indigent sur le web qui donne une fausse impression d'exploration
            Aux produits que l'on peut acheter et qui donnent une fausse impression de conquête
            Aux éléments factices de notoriété sur les réseaux sociaux et qui donnent une impression de domination
        Conséquences sont multiples et expliquent les comportements irrationnels actuels
            Consommation irraisonnée de biens matériels : Effondrement du vivant, de la biodiversité, de l'écologie
            Consommation irraisonnée du numérique : Infox, addictions aux écrans, ...
            "L’être humain est devenu un danger mortel pour lui-même" ! Nous sommes devenus les esclaves de nos neurones dopaminergiques
    Comment ce sortir de ce piège ?
        Au niveau neurologique
            Contrôler les renforceurs primaires
            Développer les aires du cortex préfrontal qui donnent accès à des représentation fictives de l’avenir
        Trouver d'autres nourritures pour le circuit de la récompense
            avec des actions désintéressées
            avec l'acquisition de nouvelles connaissances
        Cela nécessite
            D'opérer un bon conditionnement pour les générations à venir
            Développer une maitrise de notre conscience pour les générations actuelles. Par exemple jouer sur la norme sociale
            D'avoir une maitrise globale et non plus individuelle
    Conclusion
        L'auteur conclue : « Nous constatons avec amertume que la liberté de droit sans la recherche d’une liberté réflexive nous a fait retomber dans l’esclavage » !!!
        J'adhère tout à faire à cette vision. Cette conclusion me semble avoir des implications immenses, et doit être pris très au sérieux.

Jérôme Bondu

 

bug humain

Je recommande très chaudement l’excellent livre de Sébastien Bohler « Le bug humain ». Il est semblable sur bien des points au livre de Gérald Bronner « Apocalypse cognitive » que je viens de chroniquer (lire ici et la). Bronner part du fonctionnement du cerveau pour expliquer notre incapacité à utiliser intelligemment notre temps « cerveau disponible » et préserver notre identité. Bohler part du même constat initial, mais va se focaliser sur notre incapacité à utiliser intelligemment notre environnement naturel et préserver la nature. Démonstration.

Dans la boite noire du cerveau

Sébastien Bohler explique qu’une partie de notre cerveau, le striatum, contient les neurones dopaminergiques. Ces neurones commandent l’envoi de la dopamine, responsable du sentiment de bien-être, de bonheur. C’est le circuit de la récompense. Et ce bien être est lié à cinq actions primaires essentielles : manger, se reproduire, explorer, conquérir, dominer. C’est le cas chez nous, les Humains, comme chez les autres animaux, depuis les poissons jusqu’aux singes. Quand nous étions chasseurs-cueilleurs et que ces cinq éléments étaient rares (nourriture difficile à acquérir, partenaire sexuel peu nombreux …) le système était équilibré. Notre striatum était un aiguillon qui nous poussait à nous dépasser, à survivre dans des conditions difficiles.

Mais avec l’avènement de la société d’abondance, notre striatum est devenu notre pire ennemi. Il nous envoie des récompenses quand nous mangeons de la nourriture trop grasse, trop salée, trop sucrée (manger). Quand on mate des images de personnes dénudées (se reproduire). Quand on clique sur un article dont le titre annonce une révélation (explorer). Quand on fait un achat (conquérir). Quand on obtient une nouvelle notification sur un réseau social (dominer). Ayant vécu des millions d’années dans un système de pénurie, notre cerveau n’a pas inventé de « frein » à la boulimie du striatum. Il n’y a pas de système « stop ».

Sébastien Bohler évoque la célèbre expérience de Olds et Milner et fait le parallèle avec notre utilisation de Facebook. Les notifications que l’on reçoit sont des gratifications liées à notre besoin de domination. Chaque nouvelle notification déclenche un jet de dopamine. Et il qui explique dans une image saisissante que « nous sommes comme les rats de Olds et Milner dans une cage munie d’un levier que nous pouvons actionner sans fin… » !

Avec la mécanisation du travail, il y aura de moins en moins d’emplois. Et cette perte d’emploi implique une baisse du statut social, et une oisiveté grandissante. Nous avons là une double problématique importante pour les générations à venir.
La popularité d’internet est liée à la résolution de ces deux sujets :
-    D’une part les médias sociaux nous offrent une occupation.
-    Et d’autre part, ils offrent une gratification constante et régulière via l’augmentation de note réseau et des interactions sociales.
Et les grands acteurs du numérique (notamment les GAFAM) se sont engouffrés dans la brèche : les créateurs des produits numériques jouent sur les circuits de la récompense, et créent volontairement une forme d’addiction. Allant jusqu’à introduire des « punitions » si l’internaute délaisse les médias : « vous avez raté des informations de votre réseau » ! Les jeunes sont particulièrement vulnérables, dont l’auteur dit qu’ils sont des « purs striatum »

Le bug humain

Le striatum est essentiel, car il participe à notre capacité d’évolution, via un apprentissage constant. En effet, il se lasse vite de ce qu’il a obtenu et en demande toujours plus. Ce qui dans une situation de pénurie est un moteur puissant d’amélioration.

Mais dans la société d’abondance actuelle, nous sommes piégés par notre striatum, et condamnés à augmenter nos doses de malbouffe, de sexe, de notifications… « Nous sommes les esclaves d’une propriété très simple de nos neurones dopaminergiques qui conditionne une croissance perpétuelle ».
D’autant que le striatum ne se projette pas dans l’avenir (l’auteur cité la célèbre expérience du marshmallow de Walter Mischel). C’est en terme technique un biais de « dévalorisation temporelle ». Tout ce qui est bon à prendre doit être pris tout de suite. Et tant pis si l’alimentation déséquilibrée des pays riches détruit et nos corps (obésité) et la planète (disparition du vivant). Et tant pis si nous croulons sur les infox.

Il explique en des mots sobres, mais percutants notre situation : « Au terme de ce processus, l’être humain est devenu un danger mortel pour lui-même. Son programme neuronal profond continue aveuglément de poursuivre des buts qui ont été payants pendant une grande partie de son évolution, mais qui ne sont plus du tout adaptés à l’époque dans laquelle il s’est projeté ». p183


La voie de la sobriété

Mais bonne nouvelle : le striatum n’est pas seul ! Il rentre en conflit avec d’autres aires cérébrales, notamment les aires du cortex préfrontal qui donnent accès à des représentations fictives de l’avenir, et qui permettent d’anticiper l’avenir. Comment les développer ?

Il y a eu beaucoup de tentatives de contrôler ces « renforceurs primaires ». Les grandes lois religieuses ou laïques vont dans ce sens. Il suffit de revoir les sept péchés capitaux (lutter contre la gourmandise, contre la luxure …) p187

En prenant le modèle de mère Thérésa, Sébastien Bohler rappelle que notre circuit de la récompense peut aussi être activé avec des actions désintéressées.
- Le tout est d’avoir le bon conditionnement pour les générations à venir.
- Et une maitrise de notre conscience pour les générations actuelles. On pourrait par exemple jouer sur la norme sociale pour survaloriser les comportements vertueux.
- Enfin, nous pourrions alimenter autrement notre circuit de la récompense : la connaissance peut apporter une satisfaction propre à activer notre circuit dopaminergique. L’auteur explique « Notre striatum est avide de connaissances et il s’agit là probablement d’un gisement prometteur pour l’économie du futur, ainsi qu’un substitut intéressant à la croissance matérielle qui est actuellement le seul objectif des appareils industriels de nouvelle génération, dont le numérique » p237

La conclusion est sans appel : Internet nous impose de gérer les choses au niveau global. « Nous constatons avec amertume que la liberté de droit sans la recherche d’une liberté réflexive nous a fait retomber dans l’esclavage » p212. Il appelle à une « société de la conscience » ! Et on ne peut que lui donner raison !!!

Jérôme Bondu

nb : je poste dans les jours à venir une belle cartographie qui résume le livre.









390px Gerald Bronner 2018Je recommande chaudement Apocalypse cognitive de Gérald Bronner. Voici la seconde partie de ma note de lecture, plus détaillée que la précédente. Les passages entre guillemets sont issues du livre.

I Le plus précieux de tous les trésors


Notre disponibilité mentale est une conquête réalisée par étapes depuis plusieurs dizaines de milliers d’années. On peut citer quelques éléments majeurs :
- La compréhension du monde et la fin des grandes incertitudes humaines.
- L’augmentation de la productivité du travail lié à l’utilisation de la force des animaux, la mécanisation, l’automatisation des tâches permise par la révolution énergétique. Comme l’a calculé Jancovici, « chaque Français bénéficierait ainsi de l’équivalent de près de quatre cents esclaves énergétiques » p32. Demain, l’intelligence artificielle sera un levier encore plus puissant de productivité.
- L’augmentation spectaculaire de l’espérance de vie, lié au progrès de la médecine et de l’hygiène.
Conséquence, aujourd’hui en France, le temps de travail représente seulement 11% du temps éveillé sur toute une vie, alors qu’il représentait 48% de ce temps en 1800.

L’auteur calcule que notre temps de cerveau disponible est aujourd’hui de 5 heures par jour !
- Que faisons-nous de ce temps de cerveau disponible ? Nous regardons des écrans. Et déjà en 2010 l’INSEE soulignait déjà qu’en France la moitié du temps mental disponible était captée par les écrans récréatifs (voir les notes de lecture des livres de Desmurget xxxx).
- Bien sûr ce temps calculé est une moyenne, et varie d’une personne à une autre. Par exemple le temps de sommeil est variable. Mais justement les analyses incluent cette tendance : ainsi les outils numériques ne se contentent pas de ces 5h de temps de cerveau disponible, ils grignotent aussi le temps de sommeil.

II Tant de cerveaux disponibles

Pourquoi perdons-nous notre « temps de cerveau disponible » en visionnages récréatifs ? Nous sommes trop optimistes quant à notre capacité à résister aux tunnels attentionnels qu’offrent les écrans. En effet nous sommes très sensibles à une information :
- Egocentrée : quand une information s’adresse (ou semble s’adresser à nous).
- Sexualisée : Pour preuve, plus d’un tiers des vidéos regardées dans le monde sont des produits pornographiques (p103). Et même si on cherche à contraindre cette dimension naturelle. « Les données de recherches Google montrent que les pays musulmans, par exemple, figurent parmi les pays les plus consommateurs de pornographie : Pakistan, Égypte, Iran, Maroc, Arabie Saoudite… » p 104
- Informations conflictualisées : qui provoquent de la peur, de la colère.
- Informations liées à la compétitivité :  qui nous permettent de nous mesurer avec les autres, qui est liées à l’observation des leaders.
Tout ceci est comme du « sucre pour le cerveau ». « La révélation est donc celle de ce que j’appelle une anthropologie non naïve ou, si l’on veut, réaliste. Le fait que notre cerveau soit attentif à toutes informations égocentrée, agnostique, liée à la sexualité ou à la peur, par exemple, dessine la silhouette d’un Homo sapiens bien réel. »

Nous avons vu quelle était la teneur de la demande cognitive. L’offre actuelle numérique s’indexe sur cette demande. « La vérité ne se défend pas toute seule » explique Gérald Bronner. Il cite l’étude spectaculaire d’Aral, Roy et Vosoughi qui ont démontré que sur Twitter les fausses informations vont six fois plus vite que les vraies (p222). Surtout quand un président est lui-même un grand producteur de fausses informations. Le Washington Post a dénombré 15000 mensonges de Trump après 1000 jours de présidence (p225).

III L’avenir ne dure pas si longtemps

Pourquoi sommes-nous tombés dans cette ornière ? Pourquoi avons-nous été à ce point pervertis ? On pourrait en effet penser que le capitalisme a créé un humain dénaturé :
- Et d’ailleurs des grands patrons ont pu faire des déclarations dans ce sens. Ainsi Charles Kettering, ancien patron de la General Motors, expliquait que « La clé de la prospérité économique, c’est la création d’une insatisfaction organisée » (p 247)
- Dans le même ordre d’idée, la survie des offres des entreprises dépend de leurs capacités à capter notre disponibilité mentale.
- Gérald Bronner rappelle que des écoles de pensées économiques (par exemple l’école de Frankfort) « considèrent que le marché cognitif a été développé par le capitalisme pour aliéner les foules et les rendre disponibles à une logique consumériste. La culture du loisir permettrait la domestication des peuples ».
Mais est-ce bien le capitalisme qui nous dénature, qui pervertit ce que Souchon appelle des « foules sentimentales » qui n’auraient besoin que d’idéal ?

En fait les analyses de nos comportements numériques « sont des outils très puissants de notre médiocrité commune » (p255). Gérald Bronner cite d’ailleurs un livre que j’ai adoré et chroniqué « Tout le monde ment » de Seth Stephens-Davidovitz. Bronner continue : « Il faut le déplorer pour les démocraties de la connaissance, ce n’est pas la qualité de l’information qui lui assure une bonne diffusion, mais plutôt la satisfaction cognitive qu’elle procure ». Plus loin il explique « Le risque est grand que les algorithmes amplifient la médiocrité de nos choix et nous y enferment plutôt qu’ils nous aident à nous en émanciper et à édifier nos esprits ». Il rappelle la théorie de Dunbar « le nombre d’individus qui peuvent cohabiter dans un espace social sans avoir recours à une hiérarchie – et donc un outil coercitif – est au maximum de 200 personnes ». Il faut donc institutionnaliser une autorité numérique. C’est la tentation des néo-populistes d’exercer cette autorité.

L’auteur appelle à déployer une analyse de ces phénomènes. C’est l’ambition de ce livre. Il évoque dans une très belle formule l’importance d’une « déclaration d’indépendance mentale » !!

En conclusion, Gérald Bronner évoque un « plafond civilisationnel », un mur contre lequel notre civilisation pourrait se fracasser. Il espère que nous allons pouvoir libérer une partie de notre temps de cerveau disponible, actuellement hypnotisé et sous contrôle de nos pulsions primaires, pour dépasser ce plafond civilisationnel. Nous avons un trésor attentionnel à faire fructifier.
« Devrons-nous nous satisfaire de ce que le temps de cerveau libéré par l’externalisation des tâches algorithmiques soit préemptée par les plaisirs offerts d’un monde alternatif et chimérique ? ». Il n’est pas optimiste : « Sans verser dans le catastrophisme, ces données n’inclinent pas non plus à l’optimisme. L’usage de la pensée analytique, de l’esprit critique (…) nécessite une voie mentale plus lente, plus énergivore et donc plus douloureuse, qui ne peut pas toujours concurrencer avec succès les plaisirs cognitifs instantanés ». Même s’il pense que nous pouvons y arriver.
En outre, la démocratie provoque une alternance qui ne permet pas de capitaliser sur les erreurs passées. Et de surcroit, « la tendance à transformer toute erreur en faute morale » n’aide pas à progresser. La partie n’est donc pas gagnée.

Notre réflexion doit donc intégrer les révolutions numériques, la captation notre temps de cerveau disponible, les pentes naturelles de notre esprit, et l’importance d’une mobilisation contre un plafond civilisationnel, le danger de l’instrumentalisation par les néo populistes numériques, et enfin les freins de la décision démocratique !!! Rien de moins.

Bravo pour ce travail de réflexion de ce sociologue qui se dégage à mes yeux comme un des meilleurs penseurs du numérique.

Jérôme Bondu

Vous pouvez consulter une analyse de mes 200 dernières lectures, essentiellement dans le monde de l'information-communication.






Apocalypse cognitiveJe recommande chaudement Apocalypse cognitive de Gérald Bronner. J’avais lu précédemment La démocratie des crédules, qui m’avait beaucoup impressionné  et La planète des hommes - Réenchanter le risque. Gérald Bronner est intervenu au Club IES en 2013.

Voici ma note de lecture en deux parties. Comme à chaque fois, notez que ce n’est pas un résumé ni une synthèse. Ce ne sont que quelques éléments issus du livre qui me semblent importants.

Pour commencer, le titre Apocalypse cognitive est un jeu de mots. Apocalypse est un mot grec signifiant « révélation ». Dans ce livre, Bronner assure que le numérique va révéler une partie de notre personnalité. En cela, le numérique va nous forcer à changer, à s’adapter. Le numérique sera donc un révélateur de ce que nous sommes au plus profond de nous-mêmes !

En quoi le numérique provoque-t-il cette situation ?
Les médias (presse, radio, télévision) ont toujours été aux mains de structures intermédiaires qui analysaient l’actualité, la digérait, la filtrait, la sélectionnait, la censurait et la manipulait aussi parfois … pour le peuple. Mais à partir du moment où la révolution numérique permet à tous de s’exprimer, où il y a une « libre concurrence informationnelle », où il n’y a plus d’intermédiaire, c’est la personnalité même des internautes qui transparait. Et on aurait pu croire que le beau, le bon et le vrai allaient enfin s’épanouir. Mais ce n’est pas le cas. Le numérique est un révélateur de nos aspirations les plus prosaïques.

Bien sûr les géants du numérique font tout pour tirer bénéfice de ce changement. Et ils bénéficient de deux choses essentielles :
- D’une libération inédite de notre temps de cerveau disponible.
- Des apports des neurosciences qui leur indiquent comment capturer notre temps de cerveau disponible.

Mais nous tombons très facilement dans les pièges cognitifs qu’ils nous tendent, car nous sommes administrés par notre cerveau ancestral, terriblement prosaïque, câblés essentiellement pour :
- Etre obnubilé par la reproduction… donc par le sexe.
- Etre hyper vigilant face à la violence, au cas où nous en serions victimes.
- Etre hyper attentif face aux conflits, pour voir qui est le dominant.
- Etre flatté quand on parle de nous.

Ainsi, d’un côté on peut bien sûr déplorer le porno accessible sur les smartphones des adolescents, la violence verbale omniprésente et le déversement de haine sur les médias sociaux, le culte du conflit et du clash et l’hyper égotisation de notre utilisation du numérique. OK. Mais d’un autre, on va pouvoir se regarder en face, sans pouvoir prétexter que le système nous pervertit. C’est l’occasion de crever le « plafond numérique », et de se rapprocher du « connait toi toi-même », pour s’améliorer. C’est aussi en cela que nous connaitrons une révolution numérique. L’avenir va être passionnant !

Son ouvrage est soigné, précis, argumenté. Passionnant.
La suite dans le prochain billet.

Jérôme Bondu